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Frise chronologique

En cours de construction.

Historique

Origine du château de Quintin

Mentionné en 1202, le « castellum novum », premier château de Quintin à être connu par les textes, paraît avoir été construit dans la seconde moitié du XIIème s. par Alain de Penthièvre. Geoffroy Ier Boterel, comte de Quintin va faire édifier une nouvelle forteresse : ce « castrum novum », cité en 1249, donnera naissance, à l’ouest et à ses pieds, à une agglomération, sans enceinte et hors l’enclos de la forteresse. Dès le XIVème s., elle est appelée la « Ville du château neuf de Quintin », ce qui en montre à la fois l’origine et la dépendance. Le métier des armes et la part qu’ils prirent aux affaires de Bretagne, ne laissaient guère de temps aux Boterel pour séjourner dans le « château neuf », une forteresse peu confortable dont le rôle avec sa garnison était de protéger la ville qui se développait à ses pieds. C’est sans doute au moment de la guerre de succession (XIVème s.) que les Boterel firent construire une enceinte destinée à protéger la ville par des murailles et des douves, permettant aussi de mieux tenir la région. Quatre portes en fermaient l’accès : au nord la Porte à la Rose, au sud la Porte Saint-Julien, à l’est la Porte-Neuve, à l’ouest la Grande Porte. La Porte-Neuve est la seule restante à ce jour et l’une de ses tours est actuellement la Tour des archives du Château.Au XVème s., Quintin revient par mariage et extinction des Boterel aux du Perrier - parmi lesquels Tristan du Perrier, premier banneret de Bretagne, fidèle serviteur du duc Pierre II, et époux d’Isabeau de Montauban, cousine germaine d’Isabeau de Bavière, reine de France. En 1451, la terre de Quintin devient alors baronnie, la 9ème du duché de Bretagne. En 1472, Quintin devient possession de la Maison de Laval par le mariage de Jeanne du Perrier à Jean de Laval, fils de Guy XIV et d’Isabeau de Bretagne. Les familles Rieux, Coligny et La Trémoille s’y succèdent au XVIème s. C’est avec les Coligny que Quintin connaît ses premiers seigneurs protestants. A la fin du XVIème s., lors des guerres de la Ligue, Quintin et le Château sont ravagés par le Duc de Mercoeur. Henri Duc de La Trémoïlle hérite alors en 1605 d’un château ruiné et d’une ville dévastée. En 1633, il décide de le vendre à son beau-frère, le marquis de La Moussaye (Marie de la Tour d’Auvergne, épouse d’Henri de La Tremoille, était la sœur d’Henriette de la Tour d’Auvergne, Marquise de la Moussaye, et d’Henri de la Tour d’Auvergne, Maréchal de Turenne).

 

Les la Moussaye et la construction du château XVIIème

Cette acquisition fut difficile et contestée car les La Moussaye étaient de fervents protestants. Ils doivent accepter, en 1640, des conditions très dures : ne réaliser aucune construction, ne pas résider plus de quinze jours de suite à Quintin et seulement quatre fois l’an, n’établir aucun exercice de la religion prétendue réformée et ne faire aucun prosélytisme. Le Marquis de La Moussaye obtint d’Anne d’Autriche en 1643, l’autorisation de construire un château et de faire de Quintin leur résidence principale, mais ne parvint pas à faire supprimer les obligations liées à la religion. Il commence dès 1639, la démolition de tous les éléments de l’ancien château et en 1643, la construction du nouveau château sur le modèle de celui de La Moussaye en Plénée-Jugon. En même temps, furent bâties des écuries, avec logement à l’étage, (ce sera la base du troisième château, celui du XVIIIème s.). L’architecte est Gabriel Androuet du Cerceau, très certainement issu de la célèbre famille d’architectes. Grâce au projet d’Eslevation de la vue du chasteau de Quintin (façade ouest qui n’a pas été construite), à la Vue du château de Quintin au début du XVIIIème s. (Manuscrit du Président de Robien), au Plan de 1774 et aux bâtiments qui subsistent au sud et à l’est complétés par les fondations au nord d’un pavillon, il est possible de reconstituer l’ensemble du château du XVIIème s., et d’avoir une idée précise de son architecture. Situé en terrasse à l’extrémité du promontoire qui surplombe l’étang et la route, le château à cour fermée, avec ses imposantes murailles conserve aujourd’hui deux côtés seulement, à l’est et au sud, sur les quatre qu’il devait comporter ; ils ont à leur jonction un double et imposant pavillon. L’aspect de l’édifice de six niveaux, avec bossages et toitures séparées, est parfaitement conservé dans ses vestiges actuels. D’une qualité tout à fait exceptionnelle mais malheureusement inachevé, le château de Quintin devait, à l’époque, être le premier et le plus grand château classique de Bretagne.

De nombreuses causes empêchèrent l’achèvement de l’édifice : le coût élevé des travaux (200000 livres en quelques années), la crainte par l’Eglise et par le Roi de voir le château utilisé pour rendre vivante et active la foi protestante, les nombreux procès perdus par les La Moussaye et leur appauvrissement. D’abord ralentis ou suspendus, les travaux s’arrêteront définitivement en 1666, en partie avec l’affaire du soufflet. En effet, Mgr. Denis de La Barde, évêque de Saint-Brieuc, avait demandé leur arrêt par ordre du Roi ; dans un mouvement de colère devant les difficultés que l’évêque soulevait, la marquise de La Moussaye avait levé la main pour le frapper... Les La Moussaye seront les seuls seigneurs de Quintin à avoir fait de cette ville leur lieu de séjour permanent pendant près de quarante ans. Leur fils Henri de La Moussaye n’éprouve aucun intérêt pour Quintin, et vend le Château et la seigneurie en 1681 à son cousin-germain, Guy-Aldonce de Durfort, maréchal de Lorge, pour 400000 livres.

Les Lorge

Neveu favori de Turenne, Guy-Aldonce de Durfort, chevalier des Ordres du Roi, capitaine des gardes du corps, gouverneur de la Lorraine, maréchal de France, s’était couvert de gloire en Hollande et avait sauvé l’Alsace. En 1691, il obtient de voir ériger en duché la terre de Quintin et prend dès lors, les noms de duc de Quintin, de maréchal de Lorge ou de maréchal-duc de Lorge. Il eut deux filles : l’aînée, « Mademoiselle de Lorge », épouse en 1696 le célèbre duc de Saint-Simon, et la cadette, « Mademoiselle de Quintin », devient à quinze ans la femme du fameux duc de Lauzun, âgé de soixante-trois ans. L’une et l’autre auront leur « tabouret » à Versailles. Son seul fils, Guy-Nicolas de Durfort, hérite de Quintin en 1702. Il va d’abord obtenir de Louis XV de changer le nom du duché et de remplacer celui de Quintin par Lorge, les habitants de Quintin préférant garder celui de leur ancienne baronnie. C’est ainsi qu’en 1706 le nom de Lorge sera substitué à celui de Couëtrach, dans la paroisse de L’Hermitage et que le duché deviendra le duché de Lorge. Le duc entreprend de transformer à Quintin les anciennes écuries et dépendance en élevant à chaque extrémité un pavillon renfermant un escalier circulaire, ce qui constitue l’actuel Château XVIIIème. En attendant la réalisation complète de ces travaux, le duc n’abandonne pas complètement une possibilité de courts séjours dans le château XVIIème et y aménage quelques pièces pour lui et son personnel. Cependant, lorsqu’ils viendront en Bretagne, les Durfort séjourneront d’abord dans leur château à Lorge qu’ils ont en partie construit à l’aide des pierres de taille récupérées des deux ailes en construction et de celles non utilisées du Château XVIIème. Délaissé, le château de Quintin n’aura plus pour habitants permanents que l’intendant et les officiers seigneuriaux.

 Les Choiseul puis les Courtebourne

Sa petite-fille aînée, Guyonne Philippine de Durfort et son époux Renaud César de Choiseul-Praslin deviennent les propriétaires de la seigneurie en 1775. Ils exécutent, de 1785 à 1790, dans le Château XVIIIème d’importants travaux, sous la direction de l’architecte Binet (rez-de-chaussée, chambres et salons, et installation à angle droit de la salle à manger et d’une cuisine au remarquable potager, le seul de cette dimension dans la région). Grand seigneur libéral nourri de L’Encyclopédie, le vicomte de Choiseul, devenu duc de Praslin en 1785, ne redoute pas la Révolution et meurt à Paris en 1791, sans avoir quitté la France. Sa femme dût faire face tant aux difficultés de la succession, qu’à celle de l’Etat révolutionnaire devant lequel elle fit preuve de ruse et de courage. Elle réussit ainsi à conserver le château de Vaux-Le-Vicomte, alors Vaux Praslin, et empêcha le maire de Quintin de faire vendre comme biens nationaux le château et ses terres. Elle fit badigeonner en rouge tous les tableaux et lorsque les temps devinrent meilleurs, elle les fit nettoyer, permettant ainsi la conservation de tout le patrimoine. Pendant la Révolution, le vieux-château sert de prison où les conditions de détention sont très dures, car l’édifice est insalubre et les fenêtres clouées. Dans les caves humides, on fabrique du salpêtre. A la mort de la duchesse de Praslin en 1806, son fils cadet, le comte René de Choiseul devient propriétaire de l’ancienne seigneurie. La suppression des droits féodaux va radicalement changer les relations entre les propriétaires successifs du château, la ville de Quintin, et sa population. Le château de Quintin a en effet perdu sa qualité de chef-lieu du comté, et sa puissance, mais il reste une demeure qui selon l’absence ou la présence de ses propriétaires s’endort ou vit au cœur de la cité. En hérite plus tard la marquise de Courtebourne qui donne  en 1876 tout le terrain nécessaire pour permettre la reconstruction de la Collégiale. Entrée au Carmel de Tournai à la mort de son mari, elle en devient la supérieure en 1878, fait vendre au profit de ce couvent une grande partie du mobilier du château et ne revint plus à Quintin. Son héritière en 1905 est sa cousine germaine Isabelle de Polignac, épouse de Pierre-Adalbert Frotier de Bagneux qui s’occupait depuis longtemps de la gestion des biens de la marquise.

Les Bagneux

C’est leur petit-fils, Jean de Bagneux, qui hérite de Quintin en 1935 et en fait sa résidence principale. Il y entreprend une première rénovation des appartements, transforme la cour et créé un jardin à la française sur la terrasse Est, selon des plans de l’architecte Moreux. Il  va avoir dans les Côtes-du-Nord une grande activité politique, sociale, culturelle et artistique : maire de Quintin (1947-1983), sénateur des Côtes-du-Nord (1959-1980), membre du Conseil général, du Conseil régional, président de la Commission des Affaires culturelles de la Haute Assemblée et du Comité d’organisation du Centre Beaubourg. A sa mort,  en 1983, il laisse le château à ses deux fils, qui le conservèrent en indivision. Le cadet légua sa part à sa nièce Caroline de Bagneux, qui avait initié l’ouverture au public du Château dès 1986 et permis d’éviter sa vente. La réalisation d’un jardin à la française d’après un plan de 1774 a commencé en 1994 et se poursuit. La tour des archives et le château du XVIIème, tous deux en état de péril, sont au cœur des préoccupations des propriétaires qui souhaitent les sauvegarder et faire connaître leur histoire.